Œuvres choisies

La joueuse de Rapido

À partir de 2008, une partie des Conistes délaissent le Quick de la Croix-Rousse, trop bruyant, pour se réunir au bar-tabac La mi-temps à Villeurbanne. Brunel y développe rapidement une dépendance au Rapido, au grand désespoir de Girard.

L’oeuvre représente une femme sur la banquette d’un café, l’air morne, les vêtements usés, le regard triste, les épaules tombantes, le regard absent. Si l’on s’attache à ce personnage, le sens du tableau est cette représentation de la solitude ou du découragement. Toutefois c’est là ne guère tenir compte du titre et de la présence entre ses mains d'une grille de Rapido. Or la grille est placé à la proportion d’or de la hauteur du tableau et, à très peu de chose près, à celle de sa largeur également. Elle instaure donc avec le personnage une relation plastique qui est simultanément de solidarité et de contradiction. Par là elle marque à la fois la dépendance de la joueuse et suggère l’effet nocif de l’écran situé en haut à gauche de la composition. La grille de Rapido est en conséquence le centre symbolique du tableau, le coeur de sa composition et sa clef sémantique.

Car, en raison du lien de sujétion compositionnel et symbolique ainsi institué entre la grille, le personnage et le lieu, le sujet du tableau ne paraît plus seulement la solitude - réelle - de la joueuse, mais la dépendance à l’écran de Rapido et ses effets. L’expression abattue, absente, du personnage peut s’expliquer par l’hébétude provoquée par l’écran ; la grille posé devant la jeune femme ne serait donc pas la première remplie. La joueuse de Rapido est donc moins un portrait psychologique qu’un avertissement à Brunel.

La joueuse de Rapido
La joueuse de Rapido
Brunel et Girard 2009
Huile sur toile
50 cm x 65 cm